«À la reprise de l’activité, le gouvernement ne devra pas abandonner les petits patrons»

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Jean-François Ferrando est président de la CNTPE (Confédération Nationale des très Petites Entreprises).

FIGAROVOX.- Combien de TPE / PME voient-elles aujourd’hui leur survie directement menacée? Combien d’emplois cela représente-t-il?

Jean-François FERRANDO.- La CNTPE (Confédération Nationale des très Petites Entreprises) est, avec plus de 180 000 adhérents et sympathisants, le syndicat patronal qui représente les entreprises de moins de 20 salariés, soit 97,3 % des entreprises et environ 50 % de l’emploi en France.

Lorsqu’on évoque 9 millions de salariés du secteur privé en chômage partiel, cela se produit à 80 % dans des TPE, ce qui représente près de 7 millions de personnes.

47% des patrons de TPE envisagent de déposer de bilan dans les trois mois qui viennent.

Le sondage sur la vie/mort des TPE lancé la semaine dernière par la CNTPE, nous indique que sur les plus de 7 000 réponses, 47 % des patrons de TPE, tous secteurs activités confondus, envisagent de déposer le bilan dans les trois mois qui viennent si la situation devait perdurer. En effet, avec un chiffre d’affaires de 0 € pendant 3 mois, la contrainte de devoir avancer les salaires aux salariés en chômage partiel, et pour ne s’en faire rembourser de 70 % à 84 % quand leur dossier veut bien être accepté, sans compter l’accumulation de dettes générées par les reports de charges qui continuent à courir, leur sera malheureusement fatale.

Les annonces du chef de l’État et du gouvernement vous ont-elles rassuré? Pourquoi?

Les annonces gouvernementales nous rassurent d’autant moins que les patrons de TPE sont bien informés et qu’ils découvrent qu’outre-Rhin ce ne sont pas moins de 9 000 euros d’aides qui sont allouées aux chefs d’entreprises tous statuts confondus, alors qu’en France, seuls les indépendants peuvent bénéficier d’une aumône de 1 500 euros… lorsqu’ils sont éligibles.

Outre-Rhin ce ne sont pas moins de 9.000 euros d’aides qui sont allouées aux chefs d’entreprises tous statuts confondus

Au surplus, le gouvernement va remettre après ce 11 mai tout le monde au travail avec pour seule protection des fiches de sécurité que devront mettre en place les entreprises, et gare aux TPE qui n’appliqueront pas (ou ne le pourront pas), car la responsabilité du dirigeant pourra alors être pénalement engagée! Il est incroyable qu’un gouvernement se décharge lâchement de sa responsabilité et de son incompétence sur les patrons de TPE, d’autant plus que ces fiches de sécurité, sont déjà remises en question par les professionnels de différents secteurs.

Quelles précisions attendez-vous de l’exécutif?

Nous ne demandons pas des précisions au gouvernement. Nous lui demandons d’être précis et rigoureux dans son objectif et dans sa stratégie pour l’atteindre. Nous sommes loin du compte puisque le seul élément disponible est une date, un 11 mai. Tout le reste est virtuel et n’est qu’effet de communication.

Sur quels secteurs le plan de relance devra-t-il selon vous se concentrer?

Nous demandons une période blanche pour la période de mars à décembre 2020 pour toutes les entreprises s’agissant des charges sociales (cotisations salariales et patronales) et fiscales, ainsi que des taux bancaires à 0 % avec l’annulation des frais de banque quand il y a eu report des échéances de crédits.

Nous sommes très inquiets par les profils chargés de réfléchir à l’intelligence économique de la France.

Rappelons que nous sommes les vrais patrons et pas des cadres supérieurs salariés comme c’est le cas dans les grands groupes. Ces boîtes, nos entreprises, ont été créées avec nos deniers personnels et avec des cautions personnelles auprès des banques…pas avec des fonds de pensions ou autres jeux boursiers. Quand nous entendons nos collègues du MEDEF demander à faire travailler davantage les salariés, nous sommes outrés.

Faut-il miser davantage sur le marché intérieur pour sortir de la crise? Êtes-vous favorables à des mesures de patriotisme économique?

Le patriotisme économique c’est vouloir entreprendre en suivant les principes de souveraineté et de sécurité qui sont aujourd’hui redécouverts à l’occasion de cette crise sanitaire mondiale. Ces principes sont pourtant essentiels à une politique économique pragmatique, fondée sur le réel, et également soucieuse d’apporter un écosystème juridique, financier et fiscal favorable à la création des entreprises et à leur développement. C’est ce que certains appellent l’intelligence économique qui concerne aussi bien le marché intérieur que l’international. Nous nous réjouissons que cette démarche patriotique et intelligente soit aujourd’hui promue par le président de la République, mais, «en même temps», nous sommes très inquiets par les profils chargés d’y réfléchir! Si ce sont les mêmes qui ont géré cette crise, cette bataille est perdue d’avance.

Source: Le Figaro