Étudier les actions des makers et makeuses dans la crise sanitaire

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Makers et makeuses

Avez-vous entendu parler des imprimantes 3D des ateliers de mécanique de l’ENS Paris-Saclay qui produisent du matériel de protection pour le personnel soignant ?

Cela s’inscrit dans un mouvement d’ampleur nationale où celles et ceux qu’on appelle les makers et les makeuses – c’est-à-dire des bricoleurs et bricoleuses un peu particulier.e.s, généralement familier.e.s de techniques de fabrication impliquant des outils numériques – se sont mobilisé.e.s dans la crise du Covid19 dès le début du confinement.

Dans la France entière, à leur domicile ou dans des fablabs, dans des institutions ou en dehors, ces makers et ces makeuses fabriquent gratuitement des visières de protection et des masques cousus à destination des “premières et secondes lignes”.

Comprendre cette mobilisation exceptionnelle

Remarquable par son échelle, la variété de ses formes organisationnelles, l’hétérogénéité et la réactivité de ses acteur.ice.s, ainsi que par l’effervescence des innovations technologiques qui se déploient en marge des institutions, ce mouvement offre à la fois une occasion d’analyser une situation de crise en temps réel et l’opportunité de poser un regard neuf sur le monde des makers et des makeuses.

Dès la fin du mois de mars 2020, une petite dizaine d’enseignant.e-chercheur.se et d’élèves se lancent spontanément dans une enquête collective afin de tenter de comprendre ce qui était en train de se passer dans cette mobilisation.

Cette enquête est menée par :

  • Volny Fages, maîtres de conférences à l’ENS Paris-Saclay
  • Sept étudiants du département de sciences sociales de l’ENS Paris-Saclay : Léo Chalet, Victor Chareyron, Maxence Dutilleul, Jacques Fonlupt, Aura Gonzalez, Marie Menard, Delphine Salvy,
  • Jean Francès, maître de conférences à l’ENSTA Bretagne,
  • Émile Gayoso, post-doctorant (ENS Paris-Saclay/ADEME)

Mêmes confiné.e.s la recherche continue plus que jamais !

Les objectifs de cette enquête

Notre objectif est d’étudier d’un point de vue aussi bien qualitatif que quantitatif :

  • la naissance de ces solidarités spontanées (en particulier dans la “société civile”),
  • leur structuration, les communautés auto-organisées qui en résultent et les modalités d’organisation (technique, logistique, juridique, économique…) qui ont été inventées pour l’occasion.

Un des enjeux est également de documenter ces formes sociales nouvelles afin de les rendre visibles et compréhensibles, ce qui pourrait nous donner des “prises” nouvelles pour penser l’après-crise.

Les chantiers en cours

Lancée en plein confinement, sans possibilité de se rendre sur le terrain, notre enquête s’appuie principalement sur des outils numériques.

Dans une démarche d’e-ethnographie, le contact a été pris avec des makers et des makeuses auto-organisé.e.s sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Mattermost, Slack, ou Discord).

Trois chantiers sont en cours à ce jour :

  • une campagne d’entretiens à distance est lancée,
  • un questionnaire diffusé sur les différents réseaux qui permet de constituer une vaste base de données afin de préciser les profils sociaux, les pratiques de production et d’organisation des makers et des makeuses dans la crise
  • une cartographie de réseaux pour analyser la circulation des informations dans les communautés de makers et makeuses.

Malgré toutes les difficultés, le confinement aura au moins permis cela : prendre le temps de nous enthousiasmer, de nous engager pleinement dans une recherche aux ramifications multiples et fascinantes, en rassemblant élèves et enseignant.e.s sans enjeu hiérarchique, chacun.e apportant ses savoirs et enthousiasmes.
Une préfiguration du monde de l’enseignement et de la recherche du monde d’après ? 

Source: ENS Paris-Saclay