A l’heure du débat sur notre souveraineté, n’oublions pas le numérique

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Lors du débat sur la souveraineté économique, écologique et sanitaire à l’Assemblée nationale le mardi 19 mai, je suis intervenue au nom de mon groupe UDI, Agir et Indépendants pour rappeler qu’en cette période de crise sanitaire, il est une dépendance dont nous avons finalement peu parlé : celle des technologies numériques.

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Je remercie nos collègues du groupe La République en marche de nous proposer un débat sur la souveraineté économique, écologique et sanitaire dans le cadre de la semaine de contrôle de l’Assemblée nationale.

Depuis le début de l’année 2020, le thème de la souveraineté est dans tous les discours, tant la dépendance économique de la France et de toute l’Europe a été criante, même avant le début du confinement. Le ralentissement de la production en Chine, dû à l’épidémie de covid-19, s’est fait sentir en Europe dès le mois de février. Les pièces détachées pour la maintenance n’étaient plus livrées en France, interrompant certaines chaînes de fabrication ou l’activité des artisans. À l’aune de la crise sanitaire, la dépendance de notre économie et de notre production vis-à-vis des pays non européens, de la Chine en particulier, nous fait enfin réfléchir. Depuis de nombreuses années déjà, le totem érigé à la fin des années 1990 de « l’industrie sans usine » avait du plomb dans l’aile. Le rôle de l’État en matière de souveraineté, ce n’est ni de nationaliser ni d’étatiser la politique industrielle, mais plutôt, avant tout, de créer un contexte réglementaire et fiscal attractif et compétitif pour l’investissement dans les projets industriels en France, et ensuite d’identifier certaines technologies stratégiques. C’est aussi et surtout de s’engager vis-à-vis des chefs d’entreprise à assurer une certaine stabilité des normes, une reconnaissance et une mise en valeur de notre capacité à faire, à développer des carrières intéressantes et à proposer une image attirante et valorisante pour que les jeunes, y compris les jeunes femmes, s’orientent vers le monde industriel.

Je dois reconnaître l’important travail effectué par ce gouvernement dans la revalorisation des filières industrielles, mais nous venons de loin, de très loin. Avec la crise, les Français ont découvert que nous n’avions plus de capacités nationales de fabrication de masques, faute de commandes publiques, et que nous dépendions des pays étrangers, en particulier de la Chine, pour les principes actifs de certains médicaments. Il nous faut maintenant identifier, filière par filière, les activités stratégiques au niveau européen, d’un point de vue technologique et sanitaire. Le plan de relance de 500 milliards d’euros

proposé conjointement, de façon historique, par l’Allemagne et la France, et annoncé hier par le Président de la République Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel, doit servir à cela : renforcer l’économie européenne pour nous rendre moins dépendants, dans un esprit non pas défensif ou nationaliste, mais conquérant et offensif.

En cette période de crise sanitaire, il est une dépendance dont nous avons finalement peu parlé : celle des technologies numériques. Et pourtant, plus que jamais auparavant, cette crise nous a confirmé que nos modes de vie en sont profondément dépendants. Depuis deux mois, le recours au télétravail a été multiplié par dix, la part de marché de l’e-commerce, par deux, et le nombre de téléconsultations médicales par cent ; mais, dans le même temps, celui des cyberattaques a été multiplié par quatre. Nous passons en moyenne près de cinq heures par jour à utiliser les outils numériques ; nous ne pouvons donc en aucun cas faire l’impasse sur la nationalité des entreprises qui gèrent nos données et les exploitent.

À l’heure où de plus en plus de Français souhaitent changer leur façon de consommer au profit de produits locaux, ne faudrait-il pas adopter ces mêmes réflexes pour notre utilisation des outils numériques ? Pour les mêmes raisons finalement : pour plus de sécurité, pour assurer un développement économique local et pour éviter des transports et les émissions carbone associés inutiles. Aujourd’hui, 75 % des investissements numériques en logiciels, matériels et services en France – un marché de 70 milliards d’euros – sont réalisés auprès d’entreprises non européennes : en Asie quand il s’agit d’équipements et aux États-Unis principalement quand il s’agit de logiciels et de services. C’est une évidence pour tout le monde aujourd’hui : les États-Unis et la Chine se partagent le marché du numérique et l’exploitation des données des citoyens et des entreprises, ce qui leur donne une longueur d’avance pour développer de nouveaux services dans tous les secteurs économiques et pour assurer à terme, si nous n’y prenons garde, une réelle domination sur toutes les filières. L’idée n’est pas d’imaginer de nouvelles subventions, comme nous l’avons souvent fait jusqu’à présent, mais plutôt de veiller à créer des conditions d’accès à des marchés pour nos entreprises – leur principal besoin pour se développer – afin qu’elles se constituent des références leur permettant de gagner en crédibilité et en visibilité.

C’est pour cela que le marché unique du numérique en Europe est essentiel. Or nous sommes loin de ce marché sans couture souhaitable pour le développement de nos start-up.

Autre enjeu : les achats publics français en numérique, d’un montant de 16 milliards d’euros, qui bénéficient prioritairement à des acteurs non européens et soumis à des lois leur permettant d’effectuer une forme d’espionnage légal. Nous disposons pourtant d’hébergeurs, de navigateurs, de serveurs de courriels, de moteurs de recherche, de solutions de cybersécurité. Quels objectifs seront fixés aux administrations dans leur choix de solutions numériques afin de développer notre souveraineté en la matière ?

Source: Laure de La Raudière